Anecdotes


Quelques moments de vie notés ci et là par les machinistes du 38

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Retour immédiat

Arrêt Turbigo Etienne Marcel, sur le boulevard Sébastopol. J'ouvre les portes et j'observe une scène touchante depuis mon poste de conduite: Sur le trottoir, allongée par terre et adossée à la facade à côté de la supérette, se trouve une vieille femme, SDF. Elle a les cheveux blanc et doit avoir dans les 80 ans. Une jeune fille sort du magasin avec un sac et le lui tend en lui disant quelques mots que je ne puis entendre. La vieille femme la regarde avec un grand sourire... Au moment où je ferme mes portes pour repartir, la jeune femme arrive: Elle veut prendre le 38. Je rouvre la porte et elle me demande un ticket pour la Gare du Nord. J'en sors alors un et lui tend en lui disant: C'est gratuit! Pour vous remercier du geste que vous venez de faire avec cette dame... J'ai alors moi aussi eu droit à un beau sourire. La gentillesse a des retours immédiats parfois... (PS: Je précise que j'ai immédiatement remis deux euros de ma poche dans ma caisse... au cas où un RH me lirait ;-)

- Laurent -


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Un bien joli métier

Parfois, on fait un métier formidable… Sur le 38, un jour que j’arrivais à l’arrêt Auguste Comte, je vois un nombre anormal de personnes qui attendaient mon bus. Une bonne dizaine… C’est rare à cette station. Et en m’approchant, quelle n’est pas ma surprise ! Que des filles ! Toutes absolument jeunes et superbes. On aurait dit des mannequins. Et au milieu de ce superbe harem une sorte de dame patronnesse, d’un certain âge, et semblant diriger la ravissante troupe. Je m’arrête, j’ouvre mes portes, les yeux un peu ébouriffés comme aurait dit notre ami Coluche. Que des beautés ! Jeunes, jolies, souriantes… Autant de belles filles au mètre carré à un arrêt de bus, je n’avais jamais vu ça. (Et je ne l’ai jamais revu d’ailleurs !). La dame patronnesse s’adresse à moi : « Vous allez bien vers le Châtelet ? » « Ha oui j’y vais ! » répondis-je ne sachant où regarder tant toutes ces beautés attiraient mon regard. Et là, le miracle. L’ événement improbable. Le truc que l’on ne prévoit pas. La femme me dit : « Aujourd'hui je sors mes filles ! » Puis, se tournant vers elles : « Allez hop les filles ! Tout le monde dans le bus ! Et on embrasse le chauffeur ! ». Je n’ai jamais été autant embrassé de ma vie, par autant de jolies filles. Une à une, elles sont montées, et chacune a déposé sur mes joues empourprées deux gros baisers. Ça a duré un moment mais j’aurais pu rester une heure sur place… J’ai redémarré, un peu troublé, et je n’ai jamais su qui étaient ces filles…

- Didier -


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Francis Garnier... C'est qui déjà?...

Francis Garnier. Voilà un nom qui ne vous dira sans doute pas grand-chose. Et pourtant, j’ai une petite anecdote le concernant. Ou plutôt, sa statue… Un jour que je revenais avec mon bus 38 vers la Porte d’Orléans, arrivant au carrefour de l’Observatoire, je remarque une agitation inhabituelle autour du monument trônant sur le terre plein central situé au milieu du carrefour. Effectivement, je vois là sept à huit policiers, autour de la statue du dit Garnier, et s’agitant, en levant les bras au ciel et en regardant en l’air. Pauvre Francis Garnier ! S’il savait ce qu’était en train de faire la police ! Un homme, entièrement nu, un brin agité, était assis au sommet du monument, c’est-à-dire sur la tête même de Francis Garnier ! Et il narguait les policiers en contrebas qui s’évertuaient à vouloir l’attraper. La scène était cocasse. Les passants s’amusaient. Et tous mes voyageurs regardaient du même coté. Ce type en tenue d’Adam toisant du haut de son trône improvisé une police un peu ridicule… Le temps que je fasse mon arrêt et que le feu passe au vert ne m’a pas suffit pour connaître la conclusion de cette petite affaire. Dommage... Quant à M. Garnier, explorateur oublié de l’Indochine, cette petite aventure lui aura redonné quelques instants de gloire éphémère…

- Didier -


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VIP

Tard le soir, un homme monte à la Gare du nord, accompagné d'une femme. Très distingués tous les deux. Sa tête me disait quelque-chose, mais impossible de savoir QUI? Il m'achète un ticket, parlant très bien français mais avec un fort accent anglais. Puis il va s’asseoir dans le fond du bus avec la femme. Je me creuse la cervelle jusqu'au Châtelet pour essayer de mettre un nom sur le visage ... et là!!! toc! ça me vient.... Mais je me dis que ce n'est pas possible... Alors, ayant quatre minutes d'attente au Châtelet pour réguler, je fais une recherche d'images sur ce bon vieux Google à l'aide de mon smartphone et: BINGO! le visage qui apparaît correspond: John Major, l'ancien premier ministre anglais!!!

- Laurent -


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UNE SITUATION EMBARRASSANTE

 C'était en été, une journée de chaleur accablante. La jeune voyageuse (une habituée de la ligne) était ce jour-là vêtue encore plus légèrement qu'a son habitude. Elle portait des vêtements faits d'une sorte de tulle assez transparent. Elle est monté à son arrêt habituel et je savais qu'elle devait descendre à la place St-Michel. Elle devait être assise vers le fond du bus, et c'est arrivé à mon terminus du Châtelet que la surprise m'attendait.

Tous les voyageurs sont sortis, sauf elle dont je me demandais bien ce qu'elle faisait encore là. Elle se tenait, rigide et le dos collé au dossier de son siège, à me regarder l'air embarrassé lorsque je suis descendu de mon siège pour faire la vérification de ma voiture.

Il n'y avait plus que nous dans le véhicule et je lui demande alors pourquoi elle n'est pas sortie en même temps que les autres. Elle me répond qu'elle a un ..."petit problème"... et la voilà qui m'explique que son soutien-gorge s'est dégrafé dans le dos et qu'elle ne peut pas le remettre toute seule! Elle ne présentait pourtant aucun handicap apparent. Elle rajoute qu'elle n'a pas pu descendre à sa station habituelle vu que son sous-vêtement était déjà dégrafé et qu'il n'y avait que des hommes assis autour d'elle à ce moment-là.

Je me suis donc exécuté de bonne grâce avec toute la délicatesse requise pour ce genre d'opération pour laquelle la RATP ne m'a cependant jamais dispensé de formation !

- Didier -
 

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UN PAILLASSON SVP!

 Un client, habitué de la ligne, avait pris pour habitude de s'essuyer les pieds consciencieusement sur le trottoir avant de monter à bord du bus. Il le faisait à chaque fois à tel point que nous avons presque songé à lui installer un paillasson au bord de son arrêt habituel!

- Pierre -

 

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CHRONIQUE DU TEMPS

 A ce moment-là, j'étais sur une ligne de banlieue qui allait de Paris à Massy-Palaiseau. Ce jour-là, je prends tous mes voyageurs au départ de ma ligne, à Porte d'Orléans, comme d'habitude. Le trajet se déroule sans problème et j'arrive à mon terminus de Massy, où tout le monde descend selon la formule consacrée. Enfin presque tout le monde car je m'aperçois qu'une jeune femmme, que je n'avais pas remarquée jusqu'alors, reste assise sur son siège. Elle était vêtue d'un imperméable noir malgré la chaleur de l'été et avait avec elle un gros sac de voyage. "Vous ne descendez pas?" lui dis-je. Et elle me répond que si cela ne me dérange pas, elle souhaiterait rester dans le bus, pour le voyage de retour. Après tout... On en voit tellement d'autres. Mais voilà... Arrivés à Porte d'Orléans le même scénario se reproduit. Elle désire rester dans le bus. Cela a duré ainsi toute ma journée de tavail. Et toute la semaine. Et pendant des mois... Bien sûr, elle ne se trouvait pas toujours dans mon bus. Mais elle était toujours sur la ligne, toujours avec son imperméable noir et son gros sac de voyage. Il ne se passait pas trois jours sans que je la prenne à bord.

J'ai commencé à me demander qui elle pouvait être, ce qu'elle faisait à passer ainsi ses jounées dans les autobus de la ligne 197. Je me disais que c'était sans doute une SDF et que je la verrais, comme d'autres déjà, sombrer lentement dans la déchéance. Mais non. Les semaines et les mois ont passé... Et jamais je ne l'ai vue autrement qu'au premier jour. J'ai souvent tenté de lier conversation avec elle. J'y suis parfois parvenu, mais sans jamais pouvoir éclaircir le mystère qui l'accompagnait.

Un jour, alors que nous nous trouvions elle et moi une fois de plus au terminus, et qu'elle restait ainsi sans rien dire, j'ai pris un billet et je suis allé lui donner. Pour me donner contenance, j'ai cru bon d'ajouter qu'elle paraissait plus en avoir besoin que moi. Elle l'a pris, en me regardant et sans rien dire.

Les semaines ont coulé ainsi jusqu'au jour où je la vois monter à bord et venir directement à moi alors que d'habitude, après avoir sussuré un bonjour, elle filait droit vers le fond du bus. Et là, elle me tend un billet, identique à celui que je lui avait donné, en me disant d'un air mi-défiant mi-reconnaissant qu'elle avait horreur d'avoir des dettes. Je me suis trouvé bête et sans savoir que dire j'ai repris mon billet. Elle a continué ainsi à prendre la ligne encore pendant longtemps. Et puis un jour je me suis dit que cela faisait un moment que je ne l'avait pas vue. En fait, je ne l'ai jamais revue. Je n'ai jamais su ce qu'elle est devenue... et le mystère reste intact!

 

- Didier -

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Le 38 FAIT VIVRE !

Le mercredi 10 septembre à 6h30 du matin, le machiniste a eu la surprise de voir une jeune femme commencer d'accoucher dans son autobus... L'intervention de la brigade des contrôleurs a permis, dans l'attente des secours, de mettre au monde un joli bébé et soulager sa maman. Originaires du Mali, le bébé et sa maman se portent bien.

 

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Olivier

ATTENTION RÉGIME!

Petit clin d'oeuil à Charlotte, une passagère habituée de la ligne qui, depuis des années, fait un peu partie de l'équipe à présent, nous considèrant comme une "seconde famille" et connaissant chaque machiniste... Elle nous amène régulièrement de délicieux gateaux (tout chauds) qu'elle cuisine elle-même et qui nous régalent à chaque fois!
...Merci Charlotte ;-)

- Laurent -

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LE PIGEON DÉPRESSIF...

 Un samedi après midi, une cliente arrive soudain en furie pour se plaindre d'un machiniste se trouvant dans le bureau des régulateurs.

D'après elle, celui-ci aurait volontairement écrasé un malheureux pigeon (paix à son âme) mais ne l'aurait pas "achevé". Je lui ai répondu que c'était triste en effet, mais qu'il était vraiment difficile d'éviter les pigeons suicidaires qui se jettent sous les roues des autobus!... et encore plus difficile de s'arrêter pour aller leur porter le coup de grâce.

Cette cliente m'a demandé si j'avais déjà vu un pigeon se suicider?.. puis a dit au machiniste de faire attention la prochaine fois, et qu'elle allait se plaindre auprès de la RATP et même du commissariat!

- Olivier -
 

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CHAT PERDU

Un soir, ayant terminé son tour, un de nos machinistes "fait le tour" de son bus afin de vérifier, comme il le doit, qu'aucun objet n'a été oublié par un passager. À sa grande surprise, il trouve bien quelque-chose cette fois... non-pas d'oublié, mais... "d'abandonné!..." Un chaton, noir et blanc, recroquevillé dans un carton dans le fond du bus, sous un siège, et l'air tout appeuré...

Après l'avoir récupéré, et ne sachant trop quoi faire de ce colis, il le laisse au bureau des régulateurs et repart faire son dernier tour en direction de Gare du Nord. Contrarié, et ne pouvant pas lui-même adopter le chaton, arrivé au terminus il passe quelques coups de fil à l'aide de son portable et réussit finalement à trouver une nouvelle maison au petit chat...

Aux dernières nouvelles, "Minibus" (c'est son nom!) se porte à merveille dans sa nouvelle demeure avec la gentille maîtresse qui l'a adopté!

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IMPRESSIONS (un ex-collègue de la Ratp, nous a envoyé ce message...)

Durant deux ans, j'ai été chauffeur de bus. Travail transitoire, intérim, conditions difficiles.. ça laisse des souvenirs bizarres, mitigés. Le plus marquant, le plus spécifique, ce n'est pas la conduite, pas l'embouteillage (qu'en somme on considère de haut), c'est d'abord les clients. Ce rituel des piécettes, des billets, de la monnaie, le clac du composteur que l'on guette malgré soi. Parfois, la rage sourde de tous ces passants que l'on pourrait toucher et qui ne vous prêtent pas attention. Plusieurs fois, j'ai apostrophé l'un ou l'autre, exigé de voir son titre de transport, accueilli les excuses ineptes du resquilleur avec un mot ou un geste de mépris, "c'est ça oui !" Alors qu'en réfléchissant, avec les phrases posées des discussions politiques, je serais plutôt pour "la gratuité des transports en commun", au moins pour les jeunes et les pauvres. Mais ça fait rien, je préférais être désagréable qu'ignoré, odieux qu'invisible. A d'autres occasions c'est au contraire une jovialité excessive qui me venait, et pour les mêmes raisons.

Ce roulement incessant de visages renouvelés qui viennent remplacer le précédent au coin de l'oeil droit, derrière le guichet symbolique. Ce roulement des mêmes gestes et des mêmes questions, sempiternelle ritournelle des phrases codées. Ce Carnaval de figures interchangeables, j'appelais ça (dans ma tête, parce qu'on a le temps de penser, pas vrai?), "le syndrome de l'interlocuteur à roulettes". Je me souviens de mon angoisse (crispation de l'estomac, front plissé), lorsque je voyais ou entendais quelqu'un laisser échapper une piécette. C'était l'assurance que quelqu'un d'autre allait, encore, prononcer, avec si peu de variantes, cette phrase, la même, à force intolérable : "Les semez pas, ça pousse pas, hein !" Je serrais mes mains sur le volant et mes dents sur mes dents mais rien n'y faisait, la phrase venait. De quoi être excédé, avoir envie de démarrer comme un sauvage, de quoi passer pour fou, le devenir peut-être...

Et puis je me souviens aussi de tout autres moments. Souvent le soir tard, ou le matin très tôt. Trafic nul, ville vide. Un bus qui passe, c'est le monde qui marche. La silhouette isolée, dans un abri qui soudain mérite son nom, la Cendrillon, même si c'est un vieux monsieur, pour qui on ouvre avec un chuintement pneumatique l'asile du carrosse éclairé, luxueusement vaste; deux mots ou pas, ça ne fait rien, il y a dans le fond cette idée d'être un petit rouage utile au quotidien de l'autre. Sentiment pas tout à fait formulé, parce qu'un peu pompeux, un peu ridicule, mais qui laisse une poussière précieuse, une gaieté secrète. Enfin c'est un métier quoi.

 

- Robert -

 

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SILENCE (ou attitude II)

Le cliquetis d'une pièce de deux euros posée sur sa tablette, c'est là tout ce qu'a entendu Laurent du Monsieur debout à côté de lui qui regarde le volant d'un air éteint. Eugène, le monsieur, se dit qu'il doit falloir de la force pour tourner un grand volant comme-ça... mais que, après tout non, avec la direction assistée maintenant... De toutes façons le chauffeur a des bras bien minces... Laurent, silencieux tel un distributeur automatique de billets, cherche sa monnaie et la pose à son tour sur la tablette avec le billet. Il pense au "bonjour" qu'il n'a pas eu à rendre... au regard absent... au silence triste de l'indifférence. Il sourit en pensant que vraiment, il aurait fait un bon automate. Eugène lève les yeux vers le chauffeur qui lui pose sa monnaie d'un air absent, avec un vague sourire au coin des lèvres... puis qui redémarre en lui tournant le dos. Encore un qu'aurait du faire un aut'métier se dit Eugène. Laurent met son clignotant et déboîte, regard concentré vers son rétro gauche. Eugène avance dans le couloir en se tenant aux barres. Fin de la rencontre. Deux regards différents d'une seule et même situation. Deux regards qui ne se sont hélas pas croisés... Dommage. Ils ne le savaient pas, mais Eugène et Laurent partagent la même passion pour le saxophone! ... seulement ça, ils ne le sauront jamais...

 

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 LES BONS MOTS

Une passagère monte à bord, visiblement essoufflée d'avoir couru pour arriver jusqu'au bus et demande, haletante, au machiniste:
- Dites, c'est bien ici l'arrêt précédent?...

_________

Un passager demande:
- Pour l'arrêt "Alésia", je descends au premier ou au deuxième "Denfert"?...
- Et pourquoi pas "Alésia"?
répondit le chauffeur...

_________

Une femme fait des grands signes au machinistes entre deux arrêts boulevard St-Michel, en s'adressant à lui à travers la vitre. Il lui fait signe que "oui" il va lui ouvrir les portes...
La passagère monte alors, le remercie en souriant et lui dit, amusée:
- Vous avez entendu ce que je vous ai dit de dehors?
- Ben, je n'ai pas réellement entendu mais je pense que vous m'avez demandé de monter non?...
- Je vous ai demandé si vous vouliez bien me "prendre" dans le bus!!!
dit-elle en riant, un peu gênée...
- ... et moi qui vous ai dit "oui"!!.. répondit-il...


 

Histoire Drôle

 Un curé et un chauffeur d'autobus arrivent au ciel. Dieu les accueille et après avoir observé leur passé, il dit au chauffeur d'autobus:

- Je te souhaite la bienvenue au ciel. Tu vois la grande maison là-bas? Le grand luxe t'y attend et va y finir tes jours.
Et il se tourne vers le curé pour lui dire:
- Tu vois la petite maison dans le coin? C'est là que tu vas passer le reste de ton existence.

Le curé, offusqué, dit à Dieu:
- Comment se fait-il que moi, un curé, mérite une petite maison misérable et que tu donnes à un simple chauffeur d'autobus une maison de luxe?

- C'est simple, répond Dieu, toi, pendant que tu donnais la messe, tout le monde dormait, tandis que lui, pendant qu'il conduisait son autobus, tout le monde priait.

(...bon, évidemment, ça ne concerne pas le 38!... ;-)